Petite revue des spectacles à venir

La nouvelle saison commence pour moi le 19 septembre avec les flonflons du traditionnel Gala des Etoiles du XXIème siècle au TCE, auquel j’ai fait quelques infidélités ces dernières années.  Un « retour aux sources » donc… et sans doute un peu de nostalgie personnelle pour tout ce qui fait le charme pittoresque de ce spectacle, certes des plus « plan-plan » culturellement parlant, mais permettant de faire aussi parfois de belles découvertes. Récapitulons : une organisation absolument immuable – chacun des couples invités  a droit à deux pas de deux, qu’il s’efforce de choisir « contrastés », (ici, il n’y a que Desmond Richardson, voire Daniil Simkin, qui danse tout seul) -, les bande-sons (parfois) crapoteuses qui servent d’accompagnement musical aux danseurs, les acrobaties de l’incontournable Daniil rythmées par les hourrahs d’un public qui ne vient parfois que pour lui, et l’indispensable défilé final réglé par Nadia Veselova-Tencer… Voilà pour le folklore du spectacle… Le lieu est aussi une affaire en soi et pour ma part, j’adore ce théâtre en style Art Déco et son confort bourgeois d’avant le bling-bling. L’affiche de cette année n’est pas (a priori)  unanimement flamboyante (comme d’hab?), mais elle est compensée par un programme un peu plus original que d’ordinaire et par la présence, notamment, de Ekaterina Krysanova et Andreï Merkuriev, un couple du Bolchoï, pas récent-récent mais néanmoins enthousiasmant, qui vaut bien plus qu’un simple détour par le pont de l’Alma et le quartier des Champs-Elysées.

Ça se poursuit avec le spectacle Roland Petit à l’Opéra de Paris. Un programme qui se présente comme des plus intéressant, le plus beau de la saison peut-être avec ces trois merveilleux ballets d’antan qui  en  composent l’affiche. Pour moi, s’il n’y en avait qu’un cette année à l’Opéra, ce serait sans aucun doute celui-là (avec le Roméo et Juliette de printemps quand même). Le Rendez-vous, Le Jeune Homme et la Mort, et surtout Le Loup, donc du Roland Petit d’avant les abyssaux errements proustiens (et combien d’autres?…). A voir à l’usage, mais petit carton jaune quand même pour des distributions qui, dans l’ensemble et sauf exception (on surveillera notamment Le Riche/Ciaravola sur Le Rendez-vous et Pujol/Pech sur Le Loup), apparaissent particulièrement ternes – inutile de faire un dessin de la situation (eh oui, quand on a connu ce qu’on a connu, ma bonne dame!)… Bref, il faudra bien viser pour la/les date(s). Ah oui, j’oubliais, boycott obligatoire de la soirée surtaxée du 22, le Gala AROP qui ouvre désormais en grande pompe la saison de ballet, ça en dit long sur la politique artistique de l’Opéra et son évolution depuis l’époque du Dr Véron. Bienvenue au XIXème siècle!

Au même moment, je suis bien tentée d’aller voir la création de Hofesh Shechter, Political Mother, au Théâtre de la Ville. Je ne connais pas, donc je ne dis rien, mais a priori ce n’est pas pour me déplaire. En parlant du Théâtre de la Ville, je le signale par avance,  le grand Israel Galván s’y produira de nouveau en janvier prochain, dans La Edad de Oro. Rendez-vous est pris.

Début octobre, la création de Preljocaj, Suivront mille ans de calme, réunissant danseurs du Ballet Preljocaj et danseurs du Bolchoï, débarque à Chaillot. Echauffée par Blanche-Neige et plus encore par Siddharta, j’avoue que c’est surtout la curiosité qui m’y conduira, plus qu’une passion débordante pour celui qui est un peu devenu au fil du temps « notre » chorégraphe officiel de la nation (le Pascal Dusapin du ballet?), aussi habile et efficace qu’inodore et inoffensif. On passera sur l’enrobage mystico-théologique en bois massif et « le parcours réflexif autour des grands textes fondateurs entamé depuis plusieurs années » par le chorégraphe, au moins, ce nouveau ballet est-il réglé pour un (relativement) petit ensemble (20 danseurs), ce qui serait plutôt pour rassurer – la musique de Laurent Garnier en revanche un peu moins…

Suivront mille ans de calme (chor. A. Preljocaj) © Damir Yusupov / Théâtre Bolchoï

Retour au classique fin octobre avec deux reconstructions comme on les aime, même si ce ne sont pas là des chefs d’oeuvre : Paquita à l’Opéra de Paris (avec notamment Myriam Ould-Braham prévue dans le rôle-titre, croisons les doigts pour qu’elle soit là!) et La Péri au Staatsballett Berlin (avec Polina Semionova et Beatrice Knop). Là, ça devient presque mission impossible – mais qui sait? -, je rêverais de trouver le temps pour aller voir Onéguine à Londres, à Covent Garden (avec une distribution Cojocaru/Kobborg très tentante, Akane Takada est également distribuée en Olga sur l’une ou l’autre date). Au pire, il y aura sans doute bien d’autres occasions de s’y rendre encore cette année, avec de beaux programmes en perspective.

Cette petite revue automnale se clôt provisoirement sur la date du 1er novembre qui marquera le retour – enfin! – du Mariinsky à Paris pour une date et une seule dans Le Petit Cheval Bossu, et ce sera à nouveau au Théâtre du Châtelet. Etrange tournée qui n’en est pas une, étrange choix de programmation, uniquement motivé par l’engouement actuel de Gergiev pour Chédrine – les deux sont apparemment à tu et à toi. A part ça, le ballet de Ratmansky, vu à Saint-Pétersbourg en 2009, est convenablement réussi, aussi sympathique qu’amusant, et fait, une fois de plus, honneur à son créateur. Mais, inspiré qu’il est d’un conte russe traditionnel globalement ignoré du public occidental (et le ballet n’est pas si évident que ça à suivre si l’on ne connaît pas sa source) et multipliant les références chorégraphiques en forme de clins d’oeil savants, il risque de dérouter dans sa forme, aussi bien les afficionados du Mariinsky que les tenants d’une modernité plus rutilante et existentielle.  Les toiles pittoresques ou néo-gothiques ont disparu, le constructivisme des soviets, revisité  par l’ironie habituelle du chorégraphe, a pris le pouvoir sur scène, et côté ambiance générale, on est loin des langueurs  impériales… A (re)voir donc, sans oeillères et peut-être avec quelques lectures préliminaires.

Viktoria Tereshkina et Mikhaïl Lobukhin, Le Petit Cheval Bossu (chor. A. Ratmansky) © Natasha Razina / Théâtre Mariinsky

 

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Paris (Opéra Garnier) – Paquita

Paquita (P. Lacotte)
Ballet de l’Opéra de Paris
Paris, Opéra Garnier
17 décembre 2007

Parfums d’Espagne

Chorégraphié en 1846 par Joseph Mazilier, sur une musique d’Edouard Deldevez, Paquita est, dans la version actuelle dansée à l’Opéra de Paris, le résultat d’un travail de reconstruction mené par Pierre Lacotte, qui a abouti en 2001 à la recréation de l’œuvre sur la scène qui vit sa naissance. S’inscrivant dans le contexte de l’esthétique romantique et de son goût pour le pittoresque espagnol, le ballet de Mazilier connut des modifications, notamment lorsqu’il quitta la France pour la Russie. Marius Petipa lui adjoignit ainsi, en 1882, le Grand pas sur la musique de Minkus, devenu emblématique du répertoire impérial. La reconstruction de l’œuvre originale – qui conserve, tout en le transformant, le Grand pas conclusif se présente donc comme une synthèse de différents états chorégraphiques en même temps que stylistiques. Si le premier tableau requiert des solistes, comme du corps de ballet, piquant et vivacité dans une chorégraphie fondée essentiellement sur le travail de l’allegro, le second tableau, délaissé par la danse, exige des interprètes des talents dans l’art de la pantomime. Quant au Grand pas, il fait appel à un style noble et lyrique, presque à l’opposé de la danse taquetée caractéristique du début.

L’oeuvre, si elle pèche par une intrigue plutôt décousue, privilégie ainsi l’art chorégraphique. Elle est alors propre à mettre en valeur le corps de ballet – sollicité dans les nombreuses danses d’inspiration espagnole ou la grande scène de bal -, et les solistes, notamment l’héroïne, qui trouve dans le rôle-titre bien des occasions de briller. A l’occasion de cette reprise, Agnès Letestu, interprète expérimentée du rôle, était associée à Florian Magnenet qui faisait là ses débuts en Lucien d’Hervilly. Individuellement, bien qu’un certain manque de vivacité n’en fasse pas naturellement une Paquita idéale, Agnès Letestu séduit toujours par un jeu lisible, précis et riche de détails variés. Par ailleurs, le travail effectué sur les caractères et le mime parvient à rendre crédible un couple formé de manière impromptue et quelque peu insolite dramatiquement parlant. Si M. Magnenet, élégant danseur destiné aux rôles nobles, manque encore de la puissance scénique et de la précision technique – notamment dans la petite batterie -, dont on rêverait pour un tel rôle, ses qualités de partenariat et son assurance grandissante au fil de la représentation sont à souligner.

Le reste de la distribution a permis d’apprécier un solide Karl Paquette dans le rôle d’Inigo, ainsi que le charme bienvenu d’Alice Renavand en Dona Seraphina. On mentionnera encore le pas de trois, superbe morceau de virtuosité, interprété avec maestria par Fanny Fiat, Mathilde Froustey et Mathias Heymann. Si le corps de ballet paraît emprunté dans un Grand pas dont on attendrait moins de raideur et davantage de lyrisme, il se montre en revanche parfaitement à son aise dans le style, si caractéristique de l’école française, requis par les danses du premier acte, comme les danses gitanes ou le pas des manteaux. Toutefois, au-delà de moments isolés et du plaisir procuré par les pas d’école, un certain souffle innervant l’ensemble fait défaut au ballet.

Joyeux divertissement dans le goût du XIXème siècle, dont on peut regretter le caractère hybride de la reconstruction chorégraphique, cette Paquita trouve néanmoins un écrin somptueux dans la scénographie de Luisa Spinatelli. Son incomparable richesse visuelle tente là de capturer l’essence du ballet romantique et des heures glorieuses de l’Opéra de Paris.

Article publié dans DLM, n°70.

Photo: tutu de Paquita © Jacques Moatti – Opéra de Paris