Prix de Lausanne 2010 – Rencontre avec Cathy Marston, chorégraphe invitée

Cathy Marston et Christopher Wheeldon sont cette année les chorégraphes conviés par le Prix de Lausanne pour renouveler le répertoire des variations contemporaines proposées aux candidats. Deux jeunes chorégraphes britanniques, issus de la Royal Ballet School, succèdent ainsi aux noms prestigieux de Jiří Kylian et de John Neumeier, responsables successivement de la partie contemporaine lors des quatre dernières éditions du Prix.

Au quatrième jour de la compétition, l’actuelle directrice du Ballet de Berne vient en personne assister aux répétitions sur scène et apporter ses corrections aux candidats ayant choisi l’une de ses variations, qu’elle préfère au demeurant appeler « solos ». Une première l’attend le soir même à Berne. De retour à Lausanne pour la phase des sélections, c’est dans l’atmosphère d’attente inquiète précédant la proclamation des résultats qu’on la rencontre de manière impromptue pour quelques petites questions sur ses chorégraphies.

L’interview de Cathy Marston sur Dansomanie

 

 

Publicités

Prix de Lausanne 2010 – Dossier

Comme chaque année, le Prix de Lausanne revient se nicher au coeur de l’hiver, dans son berceau des Alpes suisses. Coupé du monde et de ses ennuis, le Théâtre de Beaulieu, situé sur les hauteurs de la ville, se permet alors, durant six jours, de vibrer au rythme intense d’une compétition très sélective, réunissant un concentré de jeunes talents venus d’un peu partout, et souvent des contrées les plus lointaines. Coeur de l’action du Prix, l’arrière-scène du théâtre, réaménagée pour l’occasion, y accueille dans une rumeur incessante une foule hétéroclite de professeurs ou de parents aux petits soins, entourant des danseurs tendus dans un même effort. Les deux grands studios contigus sont les lieux où, parallèlement, se déploie au fil de la semaine leur ambition commune, celle qui doit les mener jusqu’à la scène, unique lieu de vérité. Voilà pour le cadre général du tableau, brossé à grands traits…

Bien au-delà pourtant du jeu et des enjeux immédiats propres à tout concours, l’effet d’ « image arrêtée » sur un certain état mondial de la danse a, année après année, de quoi maintenir la curiosité de ceux qui s’intéressent de près à l’évolution de cet art en même temps qu’à ses différents visages, lesquels ne se limitent plus à une école, à une contrée, à un continent. Et au fond, malgré les inévitables redites, les artifices répétés et… une Coppélia mille fois entendue, c’est toujours avec le même enthousiasme, et le même désir secret d’assister à l’éclosion d’une nouvelle étoile, qu’on retourne voir Lausanne…

Le dossier complet sur Dansomanie

 

Prix de Lausanne 2009 – Rencontre avec Cynthia Harvey

visuel_450_pxCynthia Harvey débute la danse à Novato, en Californie, avant de poursuivre sa formation à l’Ecole du Ballet National du Canada, à l’Ecole du San Francisco Ballet, à l’Ecole de l’American Ballet et enfin à celle de l’American Ballet Theatre. En 1974, elle rejoint les rangs de l’American Ballet Theatre (ABT), devient soliste en 1978, puis danseuse principale en 1982. Avec l’American Ballet Theatre, Cynthia Harvey danse pour ainsi dire tous les rôles féminins classiques. A partir de 1986, elle est parallèlement danseuse principale invitée du Royal Ballet, où elle interprète à la fois le répertoire classique et les ballets de Frederick Ashton. Jusqu’en 1996, elle danse aussi en tant qu’artiste invitée avec Baryshnikov and Company et Nureyev and Friends. Elle figure également dans plusieurs films et documentaires. Depuis qu’elle a quitté la scène, Cynthia Harvey enseigne pour diverses institutions. Elle a notamment été professeur invité pour la Norwegian National Ballet Company, l’American Ballet Theatre, l’Australian Ballet, le Teatro alla Scala, le Royal Swedish Ballet, le Dresden SemperOper Ballett, la Royal Ballet School et l’English National Ballet School. Co-auteur de « Physics, Dance and the Pas de deux », Madame Harvey a été membre de DanceEast, organisme national pour la danse en Angleterre. Elle a ainsi participé aux débats visant à améliorer la vie des compagnies et des écoles de danse classique. En plus d’enseigner et de monter des ballets, elle fait partie des experts réguliers de la commission pour la formation et l’enseignement de la danse en Grande-Bretagne. Pour le Prix de Lausanne 2009, Cynthia Harvey est professeur de danse classique.

L’interview intégrale  de Cynthia Harvey sur Dansomanie

Prix de Lausanne 2009 – Dossier

visuel_450_pxChaque édition du Prix de Lausanne apporte son lot de modifications, petites ou grandes, dans l’organisation de la semaine de compétition. Le Prix 2009 se situait toutefois, pour l’essentiel, dans la continuité de l’édition précédente. Incidemment – et tout à fait entre nous bien sûr -, cela repose un peu le commentateur et lui évite ainsi d’avoir à répéter ce que le lecteur sait déjà… En attendant d’avoir à évoquer les transformations qui ne manqueront sans doute pas d’advenir l’an prochain, à commencer peut-être par la variation contemporaine… Trêve de prospective, retour à maintenant… Cette continuité avec l’an passé était notamment visible dans le maintien de la journée de sélections du samedi, inaugurée l’an dernier en lieu et place des fameux tours qualificatifs, journée au cours de laquelle tous les participants sans exception présentent leurs deux variations, classique et Neumeier, devant le public du Théâtre de Beaulieu et les membres du jury, présidé cette année par Karen Kain, directrice artistique du Ballet National du Canada. Une très longue journée – et une épreuve pour tout le monde – à l’issue de laquelle une vingtaine de candidats seulement sont choisis – élus en quelque sorte – pour participer à la grand-messe de la finale, diffusée à la télévision, gage universel de célébrité…

Cette année donc, pas de changements significatifs, mais des journées de préparation en amont organisées tout de même de manière sensiblement différente. A cet égard, le programme de la semaine laissait à la fois apparaître une progression logique et cohérente dans l’évaluation des candidats par le jury, et sans doute aussi, parallèlement, une meilleure répartition des plages de repos accordées aux jeunes danseurs, habituellement soumis il est vrai à rude épreuve tôt le matin jusque tard le soir.

Les deux premières journées étaient donc exclusivement réservées aux classes, avec des leçons classique et contemporaine, évaluées dès le mercredi, tandis que les deux journées suivantes permettaient aux candidats d’aborder en profondeur leurs variations en studio, encadrés par les répétiteurs, puis sur scène lors des filages. Les ateliers artistiques, pris en compte par le jury l’an dernier dans l’évaluation des candidats, étaient remplacés cette année par des séances de « coaching » observées par le jury, où la rigueur et surtout la réactivité des danseurs aux corrections et suggestions des répétiteurs pouvaient notamment être jugées. D’abord la classe quotidienne, puis le studio de répétition, enfin la scène… Des exercices d’école à la barre et au milieu jusqu’au travail chorégraphique et scénique… Autour de ces trois pôles était donc concentrée et organisée la semaine de la compétition. A l’image de la vie du danseur.

La tradition à Lausanne, c’est donc aussi celle des répétiteurs qui officient auprès des jeunes danseurs, avec parmi les plus fidèles, Monique Loudières et Sergiu Stefanschi pour les variations du répertoire classique, auxquels s’adjoignaient cette année encore, programme Neumeier oblige, Laura Cazzaniga et Kevin Haigen, issus tous deux du Ballet de Hambourg. Du côté des professeurs, c’est à un renouveau en revanche que nous avons pu assister, comme chaque année du reste, avec, pour le cours classique, Kevin Haigen toujours, mais aussi la mythique Cynthia Harvey de l’ABT – oui, oui, la Kitri de Barychnikov… –, et, pour le cours de contemporain, Georg Reischl, chorégraphe du Scapino Ballet de Rotterdam et danseur dans la compagnie de William Forsythe à Francfort…

Voilà. Le cadre de l’action étant à peu près mis en place, notre Prix de Lausanne peut enfin commencer…

Le dossier complet sur Dansomanie

Prix de Lausanne 2008 – Dossier

C’est sous un soleil radieux et des températures bien peu hivernales, du moins telles qu’on peut les connaître traditionnellement en Suisse à cette période, que Lausanne nous accueille en ce jeudi 31 janvier, deux jours après l’ouverture officielle de son Prix annuel. Mais comme on le verra, ici aussi, les traditions s’usent. Car si le Palais de Beaulieu accueille toujours les candidats sur les hauteurs de la ville, le concours a quant à lui subi, depuis l’an dernier, quelques transformations notables dans son règlement et son organisation.

Cette année, en effet, il n’est plus question de quart de finale ni de demi-finale : tous les candidats sélectionnés pour le Prix – ils sont 74 au total (52 filles et 22 garçons) – sont évalués quatre jours durant et restent à demeure au moins jusqu’au samedi, jour où le jury tranche enfin, à l’issue des épreuves sur scène qui décideront de la petite vingtaine de danseurs considérés dignes de concourir pour la finale du dimanche. Par ailleurs, considérant qu’il était difficile et illusoire d’appréhender de la même manière de jeunes danseurs à la maturité différente (et l’on sait qu’à l’adolescence, une ou deux années en plus ou en moins changent beaucoup les choses), les organisateurs de la compétition ont décidé de regrouper les candidats, pour le travail de répétition des variations, par tranche d’âge, les 15-16 ans d’un côté et les 16-17 ans d’un autre. Les variations classiques qui leur sont proposées ne sont d’ailleurs pas les mêmes. Désormais donc, les danseurs sont vus et notés par le jury lors de deux ateliers – un atelier d’expression artistique et un atelier contemporain – et lors de deux épreuves sur scène au cours desquelles ils doivent présenter une variation classique et une variation de John Neumeier, également Président du jury de cette édition. La note fixée par le jury pour chaque candidat dépend de ces quatre éléments dont aucun n’est privilégié par rapport à l’autre. Encore une fois – même si la présence de John Neumeier y est probablement pour quelque chose -, le Prix de Lausanne, qui n’a au demeurant cessé d’évoluer depuis sa création, se distingue des compétitions de danse traditionnelles, où la technique et la virtuosité classiques restent les critères discriminants de réussite, pour se concentrer davantage sur la dimension artistique et la capacité d’improvisation des danseurs. Cela nous promet en tout cas pour samedi des sélections-marathon, puisque tous les candidats monteront ce jour-là sur scène…

Le dossier complet sur Dansomanie

Opéra National de Paris – Concours de Promotion 2007

Une vision du concours de promotion, sur Dansomanie

Le concours de promotion 2007 vient de s’achever, en nous laissant bien sûr, comme chaque année – mais peut-être cette année un peu plus que d’autres – comme un certain goût d’amertume au coin de l’âme… Chaque année en effet, on se convainc de l’indécence de ce système, de l’impudeur terrible de cette cérémonie publique transformée en spectacle où l’on commente les prestations des candidats comme s’il s’agissait là de petits chevaux de course. Et chaque année, on prend soin de se libérer pour ces deux « jours saints », et l’on y retourne, la curiosité jamais assouvie… Le silence que le concours impose dans le théâtre au long de ces deux jours, à peine interrompu par le son d’une clochette venue d’un autre âge appelant le cérémonial à débuter et les danseurs à se présenter, ne rend que plus bruyantes les remarques peu amènes qui résonnent de l’autre côté du miroir… Si fort parfois que l’on se demande où l’on est… Encore à l’école? Nous savons bien que non… Et pourtant, les candidats-danseurs seront, à l’issue des épreuves, classés dans un ordre strict, promus à l’échelon supérieur, ou bien oubliés – même pas une trace de leur nom sur une feuille de papier administrative – et amenés alors à « redoubler » leur classe… Et parfois, c’est pour toujours… Bref, c’est au romancier de s’emparer du sujet, et à nous d’achever là de gloser pour à présent nous livrer à la chronique d’un concours, « livrer nos impressions », comme le veut l’usage. Humain, trop humain, on vous dit…

Le concours féminin

La première journée de ce concours de promotion était cette année consacrée aux prestations des filles, dont le niveau s’est révélé, d’une manière presque inespérée, globalement excellent, des quadrilles aux coryphées et plus encore chez les sujets. Dans ces conditions, il semblait parfois difficile de départager les candidates dans chaque classe.

Chez les quadrilles, Eléonore Guérineau a tout de même outrageusement dominé le concours, en dansant, au travers de ses deux variations, non comme une danseuse de corps de ballet, mais, déjà, comme une soliste, avec un sens du moindre détail, une maturité, et tout simplement une joie de danser uniques. En plus de sa maîtrise du style (et non de la seule technique), elle a su imprimer un souffle et un charme irrésistible à la variation de Lise, et a fait montre d’un choix ambitieux avec la très virtuose variation de l’Etoile tirée d’Etudes, dans laquelle elle a brillé de manière étonnante pour une si jeune quadrille. Une précision et une technique magistrale certes, mais aussi un style noble et raffiné qui en font une artiste déjà apte, par son autorité et sa présentation, à toucher les cœurs. Elle est fort heureusement promue coryphée, mais sa deuxième place reste toutefois incompréhensible, pour ne pas dire scandaleuse, même s’il s’agit là d’un détail très secondaire. Parmi les nombreuses candidates, Julianne Mathis s’est signalée par un concours solide et équilibré qui la récompense de manière légitime. En revanche, la prestation d’Aubane Philbert est de manière inexplicable oubliée par le jury, alors que sa Lise, un rôle qui lui convient de surcroît, m’avait paru impeccable et son choix de la variation virtuose de Diane et Actéon à la fois audacieux et bien assumé. Pour ce qui est des autres promues, je dirais qu’il y a comme un grand point d’interrogation dans mes yeux et dans ma tête… Les prestations de Caroline Robert et plus encore de Ghyslaine Reichert n’avaient pas éveillé mon attention ; quant à Fanny Gorse, elle a pu certes se montrer convaincante lors de ce concours, mais sa promotion cette année, elle qui vient d’entrer dans le corps de ballet, ne s’imposait peut-être pas si vite… Amandine Albisson, remarquée à juste titre pour son autorité et sa technique très solide, mais au style beaucoup trop énergique, inapproprié dans Ashton comme dans Lifar, ne m’a pas non plus franchement séduite lors de ce concours.

Chez les coryphées, aucune candidate n’a semblé particulièrement sortir du lot. Ludmilla Pagliero a su toutefois imposer une technique très assurée et un style qui justifient sa promotion, notamment dans la variation d’Henriette, alors même que son Cygne noir pouvait apparaître quelque peu « unidimensionnel »: le défaut d’interprétation était là flagrant. Sabrina Mallem a séduit par son élégance et sa finesse dans une variation extraite de L’Histoire de Manon, mais aussi par la poésie qui se dégage plus généralement de sa danse. Voilà une belle danseuse, racée, lyrique, souvent émotive à l’occasion des concours, dont la promotion me réjouit particulièrement. La prestation de Christelle Granier ne m’a guère marquée je dois dire, même si elle est par ailleurs une danseuse appréciable possédant un vrai tempérament. N’oublions pas toutefois qu’il s’agit là de promotions au rang de sujet, qui équivaut à un statut de demi-soliste, ce qui laisse tout de même un peu perplexe quant au niveau général du corps de ballet de l’Opéra… Charline Giezendanner, présentée comme l’une des « favorites », paraissait un peu trop jeune et charmante pour aborder l’austère variation de l’Ombre, même si celle-ci était au demeurant correctement dansée. Quant au concours de Laurène Lévy, elle aussi avancée comme « favorite » au regard de ses récentes distributions, j’avoue ne pas avoir été entièrement convaincue. Les lignes sont parfaites, le mouvement fluide et assuré, mais on attend pourtant de la danse autre chose qu’une apparence, une plastique visuellement séduisante, notamment dans la variation d’Esmeralda.

Nous avons eu droit enfin à de magnifiques prestations des sujets, qui rendaient forcément le résultat final indécis et discutable. Dans la longue variation de Nikiya, que l’on craignait à l’avance – reconnaissons-le – d’entendre répétée à neuf reprises, variation qui fait davantage appel au tempérament artistique qu’à la technique pure, aucune danseuse n’était indigne et toutes ont su montrer, avec plus ou moins de personnalité et d’originalité certes, leur talent. Mathilde Froustey, Sarah Kora Dayanova et Eve Grinsztajn m’ont paru tout de même les plus convaincantes sur le plan artistique, avec probablement une préférence personnelle pour Eve Grinsztajn qui, seule, a su faire ressortir et l’intense spiritualité et la profonde sensualité du caractère et de la danse de Nikiya. En revanche, cette variation ne convenait pas au mieux à Laura Hecquet, qui y est apparue beaucoup trop froide, en donnant une interprétation presque distanciée. Sur la variation libre, j’aurais envie de dire qu’Eve Grinsztajn a – que l’on me pardonne cette expression triviale – « tué » le concours: avec l’extrait de Other Dances, elle a en effet transporté le public dans une dimension qui n’était justement plus celle d’un concours. Une véritable artiste se retrouve là récompensée, à la surprise générale certes, mais sa promotion me paraît pourtant peu contestable, si le concours est encore porteur d’un sens ou simplement d’une légitimité. Pour ce qui est des candidates remarquables dans la variation libre, Alice Renavand était particulièrement expressive et percutante en Esmeralda. Dans un registre différent, Sarah Kora Dayanova, réputée technicienne brillante avant tout, a su montrer une solide personnalité artistique dans un autre extrait d’Other Dances. Mathilde Froustey, souveraine en Nikiya, m’a en revanche quelque peu déçue en Cygne blanc : sa technique est absolument sans failles, mais une certaine superficialité ressort de son interprétation d’Odette, qui reste malgré tout bien juvénile. Laura Hecquet, elle aussi, en dépit d’une variation de l’Ombre admirablement dansée, m’a paru rester à la surface, dans une sorte d’imitation parfaite d’un modèle, plus que dans une démarche créative ou artistique, et dans cette superbe variation réputée valorisante pour celles qui ont eu l’ambition de s’en emparer (rappelons-nous Letestu, Fiat, ou plus récemment, Renavand ou Dayanova, magnifiques), l’émotion, ou tout au moins l’effet de « choc », étaient absents. Alors, après l’intouchable Grinsztajn, qui fallait-il choisir ? L’irréprochable Fanny Fiat, dont le concours était toutefois en-deçà de son vrai talent, ou encore la brillante Mathilde Froustey, forte d’une présence scénique déjà très séduisante?… A mes yeux en tout cas, une valeur sûre, digne d’interpréter les plus grands rôles, aurait quand même dû être distinguée: certaines prestations, auxquelles on peut certes reprocher un peu d’immaturité, le permettaient incontestablement, et l’on peut toujours s’arranger dans ce cas avec le principe d’un concours sans faire porter le soupçon sur la légitimité de ses promotions. A cet égard, le choix de Muriel Zusperreguy, artiste de qualité qui a fait au demeurant un bon concours, me paraît témoigner de cette volonté de ne pas voir de trop fortes personnalités émerger et menacer l’ordre établi… Il n’a jamais été bon, à l’Opéra de Paris, de faire de l’ombre aux reines en place, lesquelles ne doivent guère trembler aujourd’hui pour leur avenir au vu de ces résultats…

Le concours masculin

La journée des garçons s’annonçait mal à mes yeux et à mes oreilles avec la pénible variation de l’Acteur-Vedette extraite de la Cendrillon de Nouréev, variation imposée pour la classe des quadrilles. On dira, de manière ironique, qu’elle présente au moins une qualité, certes accidentelle, c’est sa durée extrêmement brève. Les garçons de cette classe n’ont certes pas, dans l’ensemble, un niveau extraordinaire, mais on voit à l’évidence qu’ils ont travaillé, avec acharnement, les difficultés techniques, si peu agréables sur un plan visuel, qui l’émaillent. Le résultat n’est jamais apparu grandiose – avec une chorégraphie pareille, peut-il en être autrement ? – mais aucune prestation n’était non plus absolument indigne au regard de la technicité exigée, contrairement à d’autres années où les défaillances et chutes en tous genres n’étaient pas rares. Le choix des variations libres chez les quadrilles s’est montré rarement judicieux. On a ainsi pu voir beaucoup de variations contemporaines ou néo-classiques, ternes, sans véritable exigence technique, où ces jeunes gens peinaient parfois à s’exprimer. Il est alors évident que lorsqu’un Allister Madin se présente sur scène avec la Mazurka d’Etudes, interprétée avec style et brio de surcroît, ou un Fabien Révillion, avec la difficile variation de James, dont il a su déjouer les difficultés, on respire enfin et on n’est pas vraiment surpris de les voir récompensés… Dans l’ensemble, les résultats des quadrilles correspondent, à un ou deux détails près qu’on peut toujours discuter, aux prestations des candidats du jour: ce sont objectivement les plus convaincants qui ont été promus.

Plus inattendus, pour rester dans l’euphémisme et la diplomatie, apparaissent les résultats des coryphées. La classe n’était pas, il est vrai, particulièrement brillante, et la variation de Colas laissait souvent beaucoup à désirer sur le plan de l’exécution. Cependant, Sébastien Bertaud, irréprochable encore une fois, en particulier dans son interprétation de Roméo, et Axel Ibot, d’une grande élégance et musicalité dans la variation lente de Siegfried, semblaient se détacher. Résultat : ils ne sont même pas classés, ou alors de façon fort médiocre pour ce qui est de M. Bertaud! Y aurait-il un problème, docteur, ou simplement des gens mal aimés?… Si Aurélien Houette n’a pas complètement démérité, surtout dans la variation de Des Grieux, la promotion de Vincent Chaillet me paraît en revanche incompréhensible. Grégory Gaillard, qui avait fait un choix délicat mais assumé – celui de la variation de Mercutio -, ou encore Alexis Renaud – grâce à sa réussite dans la variation du Meunier du Tricorne -, auraient alors été dignes, et tout autant, d’une promotion…

Chez les sujets, on pourrait invoquer ici, à propos des résultats, la chronique d’une, sinon deux, promotion(s) annoncée(s), tant la logique (qui n’est jamais que l’autre nom de la « realpolitik »), peut-être plus que le concours en lui-même, a semblé prévaloir dans le choix de Mathias Heymann et de Stéphane Bullion… Après l’excellence montrée par les sujets filles, les garçons ont globalement déçu, et aucun n’a dominé de manière superlative les épreuves. La coda de la variation de Solor à l’acte III de La Bayadère n’était, il est vrai, un cadeau pour personne, pas même pour le « prodige » Heymann qui, d’ailleurs, n’y a pas particulièrement brillé, loin de là. Il s’agit pourtant d’un pur morceau de virtuosité, exigeant du danseur brio technique, puissance et précision et où les qualités artistiques apparaissent très secondaires. Des étoiles confirmés se sont eux aussi abîmé sur ses périlleux doubles tours en l’air assemblés (rarement, sinon jamais, assemblés proprement!), et l’on trouve à vrai dire quelque peu regrettable qu’ait été proposé à des sujets ce très bref morceau de bravoure qui n’admet pas la moindre défaillance, sous peine de ruiner aussitôt la prestation… En théorie du moins, puisqu’un candidat ayant lourdement chuté, Josua Hoffalt, se retrouve tout de même classé troisième… Pas de Léonid Sarafanov en herbe en ce jour, et sur cette imposée, c’est encore Stéphane Bullion qui a semblé assurer le plus correctement et le plus proprement la variation. Les variations libres n’étaient guère passionnantes, mais si aucune n’a transporté, on signalera toutefois – d’autant plus qu’ils ne sont même pas classés – la prestation très poétique et inspirée de Simon Valastro dans « La Berceuse » de L’Oiseau de Feu et le brio de Julien Meyzindi dans la variation de Basilio au premier acte de Don Quichotte, largement du niveau d’un premier danseur de l’Opéra de Paris. Mathias Heymann a pu faire montre de toute sa virtuosité dans la variation d’Arepo, mais avouons que nous n’avons pas admiré là autre chose que son brio et ses qualités spectaculaires désormais reconnus. Difficile et peu justifiable, au regard du niveau général des garçons, de laisser un tel danseur, aussi « voyant », dans le corps de ballet, mais sa promotion, qui peut paraître sinon méritée, en tout cas aller de soi (realpolitik oblige…), avant tout faute de vrais combattants, n’en reste pas moins insatisfaisante et très prématurée au regard de son tempérament artistique, peu perceptible jusqu’alors, et également de sa danse, reposant sur des qualités naturelles exceptionnelles et un magnifique travail du bas de jambe, qui ne font pourtant pas oublier un haut du corps défaillant et peu solide… Et l’on devrait à cet égard se remémorer l’adage selon lequel est maudite la ville dont le prince est un enfant… Quant à Stéphane Bullion, peut-être l’auteur du concours le plus équilibré, son Fantôme de l’Opéra, honorable, ne m’a toutefois pas vraiment conquise, deux ans après l’incomparable Phavorin dans le même morceau, pas plus d’ailleurs que l’interprète qu’il est, au-delà de ce concours. L’illusion est toujours possible – et l’on aime à s’y complaire -, mais en réalité, la renaissance de la danse masculine à l’Opéra n’est pas encore pour demain.


Prix de Lausanne 2007 – Dossier

Parmi les nombreux concours de danse internationaux jouissant d’un prestige certain, le Prix de Lausanne semble tenir une place à part, et ce, pour diverses raisons. Tout d’abord, il ne sort pas de cette compétition ce qu’on pourrait appeler un Premier Prix, ou encore une Médaille d’Or, suivi d’un Second Prix…etc…, comme il est d’ordinaire le cas ; en effet, le Prix de Lausanne récompense et couronne à égalité plusieurs candidats parvenus jusqu’en finale, des lauréats qui se voient offrir des bourses d’études et de formation dans les meilleures écoles de danse du monde. Ensuite, au-delà du concours proprement dit composé d’un certain nombre d’épreuves (en l’occurrence, une variation classique, une variation de Jiri Kylian et des enchaînements classiques et contemporains pour les 1/4 de finale ; deux variations classiques et une variation de Jiri Kylian pour les demi-finalistes puis pour les finalistes), il présente une dimension hautement formatrice dans la mesure où durant la semaine précédant les demi-finales et la finale, les candidats, tous les candidats présélectionnés par la vidéo avant le concours, se voient « coachés » en quelque sorte par des professeurs de renom.

Le concours a débuté réellement mardi et les candidats ont passé leur première variation classique devant le jury mercredi matin. Je n’ai pas assisté à ces deux premières journées et n’ai donc découvert les candidats que jeudi après-midi. Pour l’essentiel, j’ai assisté au filage des secondes variations classiques des garçons et des filles. Il faut avouer que le programme est très serré et qu’il est physiquement impossible d’assister à la totalité des épreuves, car parallèlement au filage se déroulaient durant cette journée le coaching individuel pour les variations de Kylian et des enchaînements classiques et contemporains devant le jury.

Le dossier complet sur Dansomanie