XXXème Festival de Sablé-sur-Sarthe – Danse baroque

Festival de musique baroque, Sablé-sur-Sarthe (19-23 août 2008)

La Simphonie du Marais (Hugo Reyne) et la compagnie L’Eventail (Marie-Geneviève Massé), Le Ballet des Arts, de Jean-Baptiste Lully
Compagnie Fêtes Galantes (Béatrice Massin), Un air de Folies

De l’Art de la métamorphose

Festival_Sable_30-ans_2008Dédié à la musique baroque depuis sa création en 1979, le Festival de Sablé-sur-Sarthe célébrait cette année son trentième anniversaire. Dans ce haut lieu de la musique ancienne, qui participa activement à la redécouverte du répertoire baroque et au renouveau de son interprétation, la « belle danse »  sut trouver d’emblée une place de choix.

Preuve de cet attachement, cette trentième édition du festival s’ouvrait sur une première mondiale, celle du Ballet des Arts. Œuvre de Jean-Baptiste Lully, créée en 1663, Le Ballet des Arts y retrouvait vie pour le spectateur de 2008 grâce à Marie-Geneviève Massé et à sa compagnie L’Eventail. Fruit d’une collaboration de la chorégraphe avec Vincent Tavernier, metteur en scène, et Hugo Reyne, directeur de l’ensemble musical La Simphonie du Marais, Le Ballet des Arts se veut pourtant moins une reconstitution historique qu’une recréation d’un ballet de cour, réinterprété dans un esprit – et avec des moyens – contemporains. Construit dans le respect du livret d’Isaac de Benserade et de ses sept entrées originelles, correspondant aux sept arts1, le ballet, dont les traces écrites n’ont pas été conservées, offre ainsi une nouvelle chorégraphie, appuyée toutefois sur la grammaire de la danse académique. La scénographie, centrale dans ce spectacle total qu’est le ballet de cour, tente ici de restituer la fantaisie et le décalage des styles – du noble au bouffon – attachés au genre. Si le tableau initial, mettant en scène un roi-berger protecteur des Arts, aurait gagné à être plus évocateur de l’Agriculture, les entrées suivantes, empreintes d’humour et d’un merveilleux aux multiples facettes, se font parfaitement lisibles. On aura notamment admiré le tableau de l’Orfèvrerie, aux faux airs de Klimt, dont les costumes en forme d’éventail renvoient en miroir au paon mythologique en même temps qu’au nom de la compagnie. Transmué métaphoriquement en jardin à la française, Le Ballet des Arts séduit alors l’œil autant que l’esprit.

En contrepoint de cette création onirique et volontiers spectaculaire, Béatrice Massin présentait Un air de Folies, chorégraphié pour cinq danseurs de la compagnie Fêtes Galantes, accompagnés du baryton Philippe Cantor et de deux instrumentistes. Cette œuvre  « en mouvement » se propose de réunir, dans un mélange improbable de saveurs musicales et chorégraphiques, l’austérité des Folies d’Espagne, séries de variations composées par Marin Marais, et la légèreté d’airs de cour, mêlant eux-mêmes divers registres. La scène, plongée dans la pénombre, emprunte à la nature morte : un candélabre, un coffre et deux instruments en sont les uniques ornements. A la sobriété d’un décor anonyme répond celle des costumes, loin de tout désir de reconstitution historique. On est soudain plongés dans la rigueur janséniste d’un XVIIème siècle fantasmé, mais au fond, tout ceci pourrait avoir l’apparence d’un bel aujourd’hui. Tous les matins du monde… Béatrice Massin se joue ainsi des références spatiales, temporelles et chorégraphiques, alternant le style le plus académique, lorsque résonnent les Folies, et une gestuelle contemporaine, ancrée dans le sol, dans les scènes rythmées par les airs de cour. Le spectacle, très cohérent dans sa diversité, semble à plaisir refuser l’effet pour mieux suggérer. De cette absence de démonstration surgit une beauté pure, non factice, et qui jamais ne lasse. A la fin, le chanteur esquisse quelques pas de danse, tandis que les danseurs, pris par l’ivresse, entonnent une ode à la dive bouteille. La folie baroque renaît alors, troublante et enivrante…

1 Les sept entrées, ou scènes, illustrent sept arts. Les arts représentés ici sont l’Agriculture, la Navigation, l’Orfèvrerie, la Peinture, la Chasse, la Chirurgie, la Guerre. Chaque entrée s’inscrit dans un registre – noble, bouffon ou comique. Le ballet se clôt sur l’entrée des Vertus.

Article publié dans DLM, n°74.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s