Paris (Chaillot) – Ballet du Grand-Théâtre de Genève – Coppélia

Ballet du Grand-Théâtre de Genève
Coppélia (chor. Cisco Aznar)
Paris, Théâtre National de Chaillot
24 janvier 2008

Coppélia à la Star Ac’

Accueilli par le Théâtre de Chaillot, le Ballet du Grand Théâtre de Genève y présentait Coppélia, créé en 2006 à l’initiative de son directeur, Philippe Cohen, par le chorégraphe catalan Cisco Aznar, établi à Lausanne. A la suite d’autres chorégraphes, tels Roland Petit ou Maguy Marin, Cisco Aznar, formé notamment chez Rudra, s’est donc emparé du ballet chorégraphié en 1870 sur la musique de Delibes, pour en livrer une relecture très personnelle, bien éloignée de la tradition inaugurée par Arthur Saint-Léon.

Dans cette version, Frantz et Swanilda ont quitté leur village de Galicie pour le plateau d’une émission de télévision baptisée Le plus beau jour de ma vie. Le ballet s’ouvre sur un concours de danse, organisé par la chaîne, qu’ils remportent et qui promet aux gagnants un ameublement complet de leur maison le jour de leurs noces. Plus tard, Coppélia, créature étrange aux cheveux rouges, apparaît et suscite la fascination conjointe de Frantz et de Coppélius, excentrique nécromancien vivant entouré d’automates…

D’emblée, le ton est donné, et le chorégraphe, en puisant notamment dans l’univers de la télé-réalité, affiche des références à l’évidence plus cinématographiques que chorégraphiques. A cet égard, il n’est pas surprenant que, parallèlement aux parties dansées, le chorégraphe ait eu massivement recours, à la vidéo en même temps qu’aux dialogues de théâtre échangés dans toutes les langues. Pedro Almodovar n’est jamais loin lorsqu’on voit évoluer les présentateurs de télévision hystériques et les mères  « au bord de la crise de nerfs » du premier acte, tandis que Tim Burton – celui de L’Etrange Noël de Mr Jack ou d’Edouard aux Mains d’Argent – est convoqué à grands renforts dans un deuxième acte placé sous le signe du surréalisme, un surréalisme tout de même un peu « disco « , un peu « kitsch », et surtout très « movida » barcelonaise, avec ses couleurs criardes qui nous rappellent…tiens, encore Almodovar !…

On peine alors à qualifier d’ »audacieuse » cette relecture, tant l’imaginaire, apparemment déjanté, qui l’innerve en paraît codé, avec ses airs de « déjà-vu ». Dans ce spectacle à l’esthétique constamment parodique, qui jongle entre le cinéma, la B.D. et le « pop art », la danse, parent pauvre de l’œuvre, semble alors bien conventionnelle, avec ses arabesques et ses pirouettes presque classiques. Pensez, il y a même des pointes pour les danseuses ! Certes, le style n’est pas académique et l’on retrouve là comme un air de plateau télé, mais l’ensemble reste délibérément sage.

L’œuvre possède une cohérence interne autour de l’imaginaire qu’elle met en place, mais il est dommage que, dans un spectacle qui se destine à tous les publics, on doive endurer autant de trivialités et de gags télévisuels pseudo-hilarants, même traités au second degré. L’intrigue, peu lisible, apparaît décousue et ne semble être qu’un prétexte à exposer la scénographie fantaisiste de Luis Lara. Par ailleurs, la musique de Delibes, qui subit force coupes du fait de l’intrusion de la vidéo et du théâtre, est traitée comme un simple décor et n’est pas exploitée sur le plan chorégraphique. Les interprètes, enfin, brillent surtout par leurs talents de comédiens, et si la danse, entre néo-classique et néo-variétés, est bien présente, elle est loin de présenter une inventivité enthousiasmante. Cette Coppélia se révèle alors moins une relecture qu’un spectacle post-moderne, destiné à plaire à tout prix, et mêlant de manière quelque peu hybride tous les arts de l’image.

Article publié dans DLM, n°70.

 

 

 

 

 

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